Younès Solhi, l’art de défendre pour mieux régner

Dans l’univers exigeant du jorkyball, certains joueurs marquent leur époque par leur palmarès. D’autres, plus rares, imposent une signature, une manière d’habiter le terrain. Younès Solhi appartient à cette seconde catégorie. Défenseur de métier, stratège par nature, il s’est imposé comme l’un des piliers du jorkyball français et international. À travers cet entretien, il revient sur son parcours, ses choix, et une vision du jeu forgée au plus haut niveau.
Des racines solides, entre passion et collectif
Tout commence à Caen, là où Solhi forge ses premiers souvenirs. Et déjà, l’ADN du joueur est là : collectif, fidélité et exigence.
« La victoire du titre de D2 avec mon club d’origine reste mon premier grand souvenir. On était une équipe d’amis d’enfance mêlée à des joueurs expérimentés. »
À ses débuts, rien ne laissait présager une telle trajectoire. Mais certains y croyaient déjà.
« Franck David et Cédric Seguy ont été déterminants. Ils m’ont permis de franchir mes premiers paliers. »
Très vite, Solhi trouve sa place : en défense. Un poste qu’il relie instinctivement à ses repères footballistiques.
« Cela me rappelait le rôle de milieu défensif : récupérer, organiser, anticiper. »
Nîmes, le déclic vers le très haut niveau
C’est à Nîmes que tout s’accélère. Aux côtés de joueurs expérimentés, il affine son identité et saisit une opportunité décisive.
« L’arrêt de Cédric Seguy m’a permis d’éclore. J’ai connu ma première sélection mondiale avec une équipe de légende. »
Un apprentissage express, dans un environnement d’élite, qui façonne son style : calme, réfléchi, efficace.
Lyon, la consécration et le leadership
Le passage à Lyon marque un tournant majeur. Quatre années dans un club mythique, berceau du jorkyball, où Solhi va s’imposer comme leader.
« Ce club m’a apporté des rencontres, des titres, mais aussi une expérience de management en tant qu’entraîneur-joueur. »
Une double casquette exigeante, mais révélatrice de son influence.
« Être nommé coach m’a donné une légitimité pour prendre des décisions difficiles. »
Les résultats suivent : régularité, domination, et titres à la clé. Parmi les souvenirs forts :
Le doublé D1/D2 du club
Un match épique contre Montpellier
Une dynamique où Lyon truste les premières places
Savoir partir au bon moment
Quitter Lyon n’a pas été anodin. Mais fidèle à sa lucidité, Solhi assume pleinement.
« Le changement était devenu inéluctable. Le club avait besoin d’un nouveau souffle. »
Une décision difficile, mais sans regret.
« Je referais ce choix sans hésiter. »
Anglet, l’adaptation express
Son passage éclair à Anglet démontre une autre facette : sa capacité d’adaptation.
« Une expérience très enrichissante, même si on aurait pu aller plus loin. »
Surnommé avec humour le « Xavier Gravelaine du jorky », il revendique cette capacité à performer rapidement dans différents contextes.
Eaubonne, transmettre et structurer
Aujourd’hui à Eaubonne, Solhi endosse à nouveau un rôle clé : celui de pilier.
« Mon objectif est de limiter l’incertitude pour les joueurs et d’anticiper toutes les situations. »
Plus qu’un leader, il devient un facilitateur de performance, au service du collectif.
Le maillot bleu, au sommet des émotions
Porter l’équipe de France reste une fierté intacte.
« Être ambassadeur de son pays donne une responsabilité particulière. »
Dans les grandes compétitions, la pression est constante.
« La France est toujours l’équipe à battre. Chaque erreur se paie immédiatement. »
Mais c’est aussi là que naissent les plus grands moments.
Le but contre l’Espagne : l’instant éternel
Il y a des gestes qui définissent une carrière. Celui inscrit en finale de Coupe du monde face à l’Espagne en fait partie.
« Je cherchais une solution… et j’ai vu le but vide. Je ne pensais pas que le ballon partirait aussi parfaitement. »
Un moment suspendu, décisif, gravé à jamais.
« Réussir ce geste sur une balle de match mondiale… forcément, ça marque. »
Le style Solhi : défendre, penser, décider
En trois mots, il se définit :
« Calme, altruiste et pugnace. »
Mais son rôle dépasse largement la défense.
« Aujourd’hui, un défenseur doit aussi être au cœur du jeu. Les arrêts ne suffisent plus. »
Sa vision s’inscrit dans l’évolution du jorkyball : plus rapide, plus physique, mais parfois moins tactique selon lui.
Un regard lucide sur son sport
Solhi ne cache pas ses inquiétudes sur le développement du jorkyball.
« C’est un sport qui mérite mieux. Il manque d’exposition, de moyens et de jeunes. »
Mais reste optimiste :
« Il y a de la matière. La jeunesse sera la clé. »
Transmission et héritage
À la nouvelle génération, il adresse un message clair :
« Le talent ne suffit pas. Il faut travailler, comprendre le jeu, et ne jamais rien lâcher. »
Quant à son héritage :
« J’aimerais qu’on retienne un joueur d’équipe, constant, qui a appris et transmis. »
Un palmarès à la hauteur du joueur
Younès Solhi, c’est aussi :
5 Championnats de France
5 Coupes de France
1 Ligue des Champions
3 Championnats du monde des clubs
Avec l’équipe de France :
7 Coupes du Monde
1 Coupe d’Europe
Conclusion : plus qu’un joueur, un repère
À mesure que sa carrière approche de son crépuscule, une question demeure : restera-t-il dans le jorkyball ?
« C’est possible… mais tout est une question d’équilibre. »
Quoi qu’il en soit, Younès Solhi a déjà laissé une empreinte profonde. Celle d’un joueur cérébral, d’un leader discret, et d’un défenseur qui aura su faire basculer les matchs… et parfois, l’histoire.


