Yohan Sanchis, 25 ans de Jorkyball et une page définitivement tournée

Yohan Sanchis a définitivement rangé les chaussures de jorkyball. Après 25 années passées sur les terrains, l’ancien international espagnol évoque aujourd’hui son parcours avec sérénité et lucidité.
Depuis son retrait, il assure aller « très bien », loin de toute nostalgie pesante. Revenir sur sa carrière ne le trouble pas : « ma décision d’arrêter était mûrement réfléchie ». Le Jorkyball a occupé une place centrale dans sa vie, mais chacun a désormais poursuivi sa route : « le jorkyball m’a accompagné pendant 25 ans, maintenant je continue sans lui et il continue sans moi ».
Avec le recul, le sentiment dominant reste la fierté. « 25 ans ça compte dans une vie », confie-t-il, conscient du chemin parcouru et de l’engagement que cela représente. Avant le Jorkyball, Yohan Sanchis était déjà un compétiteur aguerri, issu du football de haut niveau, passé par le sport-études, les sélections régionales et nationales jeunes, jusqu’aux championnats CFA. Une base solide qui l’a naturellement aidé à s’imposer dans une discipline exigeante.
C’est à Avignon, durant ses études, qu’il découvre le Jorkyball, au club de Bruno Paoli. D’abord pratiqué en loisirs, le sport devient rapidement une évidence : il prend sa première licence en 2000. Avignon restera un club fondateur dans sa carrière. Il en garde des souvenirs marquants, évoquant « la grande époque » d’un Jorkyball encore peu structuré mais d’un niveau exceptionnel, où plusieurs équipes pouvaient prétendre au titre chaque saison. Un équilibre compétitif qu’il regrette aujourd’hui de ne plus retrouver.
L’esprit du club, surtout, l’a profondément marqué. Avignon, c’était « une famille », avec une vie collective intense sur et en dehors du terrain. Sur le plan sportif, il reconnaît une dette particulière envers Olivier Budet, surnommé le « Panoramix du Jorky », qui a largement contribué à sa progression et à sa compréhension du jeu.
En 2017, un nouveau chapitre s’ouvre avec la sélection espagnole. Avec Sébastien Picard, il participe à la relance de l’équipe nationale, une aventure débutée à Rome. Porter le maillot de l’Espagne a une résonance particulière, liée aux racines paternelles : « ça compte beaucoup pour moi ». Pourtant ancien international français – avec un titre de champion d’Europe remporté en 2002 – il avoue que jouer pour l’Espagne l’a transcendé, au point d’affirmer qu’il aurait « sans doute arrêté avant » sans cette perspective internationale.

L'Espagne 2025, de gauche à droite Yohan Sanchis, Aurelien Rossignol, Anthony Garcias, Sébastien Picard et Yannick Rannou
De Rome en 2017 à la finale de la Coupe du monde en juillet 2025, Yohan Sanchis totalise près de 30 sélections avec l’Espagne. Des souvenirs nombreux, intenses, gravés à jamais. Parmi les adversaires qui ont marqué sa carrière, deux noms reviennent naturellement : Johan Delahaye, qu’il considère comme « le GOAT », et Younes Solhi, référence absolue au poste de défenseur. Des confrontations devenues, au fil des saisons, de véritables rendez-vous.
La décision d’arrêter, elle, s’est imposée progressivement. Les douleurs aux genoux se faisaient de plus en plus présentes. Plutôt que de subir, il a préféré anticiper : arrêter « avant que ce soit mon corps qui m’oblige à le faire ». Une décision assumée sans hésitation, fidèle à son caractère. Si certains coéquipiers ont eu du mal à l’accepter, sa famille, elle, a surtout ressenti du soulagement en le voyant souffrir après les compétitions.
Aucun doute, aucun regret ne sont venus troubler ce choix. Aujourd’hui encore, l’esprit de compétition ne lui manque pas. Le sport reste toutefois indispensable à son équilibre : « c’est impossible de faire autrement ». Le lien avec le Jorkyball, en revanche, est désormais très distendu. Quelques résultats consultés sur les réseaux sociaux, rien de plus. « La page est tournée définitivement. »
Sur le Jorkyball actuel, son regard est lucide, parfois pessimiste. Il suit encore l’actualité « un tout petit peu », mais estime que le sport a manqué une fenêtre de développement : « le train est déjà passé ». Pour lui, une reconnaissance institutionnelle par le ministère de la Jeunesse et des Sports serait déjà un premier pas essentiel vers plus de visibilité.
Quant à un éventuel retour, la réponse est sans appel. Ni comme joueur, ni comme entraîneur, ni comme dirigeant. À la question de ce qui pourrait le faire revenir, la réponse est claire, définitive : rien. Une conclusion à l’image de sa carrière : franche, assumée et sans faux-semblants.


