
Depuis la création des championnats du monde de Jorkyball, l’équipe de France n’a jamais connu la défaite.
Une statistique vertigineuse, souvent synonyme de pression extrême. Pourtant, pour Yann Decle, cette invincibilité n’est ni un fardeau ni une contrainte.
« Ce n’est pas un poids, au contraire. C’est une motivation », affirme-t-il d’emblée.
Lucide, le sélectionneur sait que la domination française ne durera pas éternellement. « Peut-être qu’un jour les autres nations arriveront à nous battre. J’espère simplement ne pas être le premier sélectionneur à le vivre », glisse-t-il avec humour. Aujourd’hui, il insiste surtout sur la force collective : une équipe homogène, composée de grands joueurs, portée par une entente rare, sur et en dehors du terrain.
Une pression maîtrisée, une vigilance permanente
S’il refuse de parler de pression, Yann Decle reconnaît une exigence constante : « On est très attentif au niveau de nos adversaires ». Une vigilance qui s’inscrit dans une vision stratégique globale, sans jamais tomber dans la crainte ou l’obsession du résultat.
De joueur passionné à sélectionneur par conviction
Après avoir mis un terme à sa carrière de joueur à l’issue de la Coupe du monde 2022 à Champagne-au-Mont-d’Or, Yann Decle devient sélectionneur en décembre 2022. Une fonction qu’il connaît déjà, puisqu’il avait occupé ce rôle une première fois après le Mondial 2016 à Valenciennes.
Pratiquant le Jorkyball depuis 1997, il nourrit depuis toujours l’envie de transmettre son expérience. Mais ce rôle a aussi une dimension plus intime : « Être sélectionneur est une forme de revanche sur le sort. Pour diverses raisons, je n’ai jamais eu l’honneur de porter ce maillot que je méritais ».

L'équipe de France 2025en compagnie de Gilles Paniez (au centre), inventeur du jorkyball et Yann Decle (à droite)
Le poids des choix et la force du groupe
Son plus grand défi lors de son premier mandat reste la sélection : « Il y avait beaucoup de joueurs qui méritaient d’être là. Faire des choix m’a coûté humainement ».
Sportivement, la Pologne fut alors l’adversaire numéro un. En finale, la peur de perdre est bien là, mais rapidement dissipée par la détermination de ses joueurs.
Son premier titre mondial demeure, encore aujourd’hui, un souvenir indélébile. Non seulement pour la victoire, mais pour la reconnaissance reçue : « Certains joueurs sont venus me féliciter pour mon coaching et mon leadership. Ça m’a profondément touché ».
Invaincu sportivement, marqué humainement
S’il ne cache aucune déception sportive, son parcours n’est pas exempt de blessures humaines. Une relation brisée avec un ancien capitaine reste son plus grand regret, non pour les faits eux-mêmes, mais pour la réaction qu’elle a engendrée.
Un tournant tactique assumé
La saison récente marque une évolution majeure dans sa manière de coacher. Face au vieillissement de certains cadres et à l’exigence d’une compétition longue de cinq jours et trois tableaux, Yann Decle instaure une règle forte : pas plus de deux sets consécutifs par joueur et par match.
Même en finale, notamment face à l’Espagne, cette règle est respectée. Il assume aussi des choix audacieux, comme repositionner Alexandre Sirna, défenseur numéro un, en attaque lors de sa première finale mondiale.
L’Espagne, rival numéro un
Aujourd’hui, le constat est clair : l’Espagne est devenue la deuxième nation mondiale. Avec des joueurs capables de faire basculer une finale, elle représente le principal danger pour les Bleus.
Pour autant, le sélectionneur reste fidèle à sa philosophie : « Je ne fais pas l’équipe en fonction de l’adversaire. C’est à eux de se prendre la tête ». La stratégie française repose avant tout sur les complémentarités et l’état physique des joueurs.
Des matchs gravés à jamais
Trois rencontres ressortent comme des références absolues :
La finale mondiale 2016 contre la Pologne, épique
La finale 2023 en Pologne, chargée d’émotion
La demi-finale 2025 face à l’Espagne, un match parfaitement maîtrisé
Cap sur le Canada 2026
Le prochain championnat du monde, prévu en juillet 2026 au Canada, représente une première pour lui en tant que sélectionneur. La préparation, elle, ne s’arrête jamais : présence régulière sur les journées de championnat, échanges constants avec les joueurs, partage des ressentis et axes de progression.
Conscient de l’évolution du niveau mondial (progression de l’Italie, montée en puissance de l’Espagne, écarts qui se resserrent ) Yann Decle reste serein : « Pas de pression. J’ai juste hâte d’y être ».
Une vision humaine du coaching
Ce qui le motive encore ? Le plaisir du jeu, la transmission aux jeunes, l’accompagnement de joueurs comme Alexandre Sirna, et le partage d’expérience.
Son conseil aux futurs sélectionneurs est limpide : écouter ses joueurs, respecter leur style, construire des complicités. « On peut imaginer toutes les tactiques du monde. Mais c’est le jeu qui décide. Le Jorkyball reste un sport d’instinct ».

