Jorkyball en Russie : quand la géopolitique bloque les terrains

Le Jorkyball russe à l’épreuve de l’isolement international
Depuis plusieurs années, le sport russe traverse une zone de turbulences. Les sanctions imposées à la suite du conflit en Ukraine ont profondément bouleversé la place de la Russie dans le paysage sportif mondial. Si les grandes disciplines olympiques concentrent l’attention médiatique, les répercussions se font également sentir dans des sports plus confidentiels, à l’image du Jorkyball.
Un contexte international contraignant
Depuis 2022, de nombreuses fédérations sportives internationales ont suspendu ou exclu les équipes et représentants russes de leurs compétitions. Dans certains sports collectifs, toute participation internationale est devenue impossible. Dans d’autres disciplines individuelles, quelques athlètes peuvent concourir sous statut neutre, sans drapeau ni hymne.
Même si le Jorkyball ne figure pas parmi les sports les plus médiatisés, ce climat général d’isolement sportif touche l’ensemble des structures russes, y compris les disciplines émergentes. Cette situation explique notamment pourquoi le club russe ne participera pas aux Championnats du Monde de Jorkyball 2026, organisés par la World Jorkyball Federation (WJF) au Canada du 7 au 11 juillet 2026.
Une discipline encore en construction en Russie

En Russie, le Jorkyball reste largement méconnu du grand public. Il existe toutefois une structure locale affiliée à la communauté internationale, souvent désignée sous le nom de Jorkyball Russia, qui regroupe des joueurs passionnés et œuvre au développement de la discipline sur le territoire.
Contrairement à des nations historiquement installées comme la France, la Pologne ou le Canada, la Russie ne dispose pas encore d’un championnat national structuré et régulier. La pratique repose essentiellement sur des entraînements collectifs, des matchs amicaux et des tournois ponctuels à l’échelle locale.
La priorité est aujourd’hui la constitution d’une base de joueurs, la promotion du sport et l’installation de terrains adaptés, indispensables à l’essor de la discipline.
Alexander PODOGAS, pionnier du Jorkyball russe
L’histoire récente du Jorkyball russe est indissociable d’Alexander Podogas. C’est en 2020 qu’il découvre la discipline à travers des vidéos datant des Championnats du Monde 2018 au Canada, notamment un match opposant Saint-Léonard d’Aston à Sosnowiec, visionné sur YouTube.
Séduit par ce format spectaculaire, il décide de recréer le Jorkyball en Russie. Il construit son propre terrain, fonde un club, puis devient en 2021 président de la Fédération de Jorkyball de Russie.
À l’époque, il expliquait :
« Étant fans de football, nous avons aimé ce genre de sport. Nous avons donc décidé de le recréer ici, en Russie. Comme seules quelques personnes ici ont déjà entendu parler du jorkyball, nous avons dû tout faire nous-mêmes. »

Alexander Podogas, président de la Fédération de Russie
Les débuts sont artisanaux :
« Au début, nous avions joué avec nos amis et nos joueurs de football amateurs. Nous n’avions pas suivi les règles à ce moment-là. »
Mais le projet prend rapidement de l’ampleur :
« Nous sommes allés plus loin et maintenant nous avons lancé un tournoi de jorkyball régulier, en procédant à l’attraction de partenaires et de sponsors. Et nous voici, tenant le premier jorkyball de la Russie. »
Des ambitions freinées par la réalité géopolitique
En 2021, les ambitions étaient clairement affichées :
« Notre prochain objectif est de mettre en place une équipe nationale qui représentera notre pays à la Coupe du monde. Et nous serons en compétition avec les meilleures équipes des autres pays pour remporter le titre. »
Alexandre Podogas soulignait également l’importance du soutien international en remerciant l'ancien président du JIF, Alessio Di Maio, pour son aide et sa coopération et également reconnaissants envers le PDG de 3bble, Léonard Giangreco.
Il concluait alors avec optimisme :
« Nous sommes au début d’un grand voyage et nous espérons qu’à l’été 2022, nous deviendrons l’un des participants d’un tournoi international. »
Un espoir aujourd’hui contrarié par le contexte géopolitique et les restrictions internationales.


